GALY

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GALY (Magali Thiboud)

Artiste peintre

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UNE INFINIE TENDRESSE : LES MONDES ONIRIQUES DE GALY  (par Jean-Paul Gavard-Perret)

« Sur le dos des baleines / Attiser l'inconnu » (Galy)

Il y a  dans l’univers de Galy des princesses et des hommes trop gros. Tous jouissent de la lumière et font quitter la terre. Les horizons deviennent étranges : nous sommes pris de haut en leur vertige. A chaque toile l’artiste devient voyante : elle crée un autre soleil afin  d’inventer une autre terre pour la déclinaison de diverses légendes. Elles possèdent un pouvoir hypnotique, féerique par celui de la peinture. Femmes, enfants, marcheurs obèses – bien d’autres encore - piétinent les ombres ou les prennent par l'oreille. Surgit une hémorragie de sensation qui – dans la poésie de l’artiste – ose parfois l’érotisme océanique :
« Délace ma robe, cette fois je descends / Sur le dos des baleines / Attiser l'inconnu
Dans l'échancrure d'amande / Tu étrangles en caresses / Ma peur acidulée ». ( in L’Amarrée vive)

Galy  prend par revers la conscience qui n’aime pas l’invisible. Elle la dissout dans ses aires visuelles  par jeux de réminiscences sans pour autant s’appuyer de manière compulsive sur des modèles du passé. Seul le sien est là qui revient en brume et dit la créatrice « en chaussons de poussière ». Mais ce qui pourrait dévaler en impudeur est retenu en équilibre et  langue de givre. « L’inconscient  vous devez le produire, ce n’est pas  du tout l’affaire de souvenirs ou même de fantasmes » disait Deleuze : Galy l’a compris. Son œuvre offre  quelque chose à la fois de lisse et  compliqué, de primesautier et sérieux.

En dépit de sa volonté majeure de structurer sa matière -  l’artiste ne cherche pas à mettre d’ordre : elle entre dans l’intouchable. Son langage est chargé de langueur, de faille et de présence. Surgissent d’un tableau à l’autre l’extase d’une “ naïveté ” aussi fausse que travaillée et  une zone inconnue des rives qui d’ordinaire ne se laissent pas atteindre. Galy fait en conséquence pénétrer des contrées incertaines qui précèdent tout rêve dans l’action.   A coups d’impressions, d’esquisses, de structures  l’œuvre va vers un espace-temps particulier. Il y a des trajets et des contre trajets. Il y a des histoires solides et fluctuantes,  furtives et évidentes. La créatrice passe des couleurs acidulées aux teintes claires, du portrait ciselé aux silhouettes fluctuantes, des fins tracés de couseuse à des espaces mordancés. Parfois l’artiste est reine - « Une reine de souvenirs / Une reine vermoulue / Une reine aux quatre vents / Une reine de voyage / Que l'on plie, que l'on range / Une reine de quatre sous / Une reine de rien du tout » -, parfois elle est mendiante.  

Même lorsqu’ils semblent impassibles ses portraits créent un trouble : certains ont une  beauté classique, d’autres des « difformités » qui prennent des clartés de porcelaine. Chaque œuvre (huile, pastel, dessin, etc.) est une sentinelle immobile mais égarée où bien des princesses sont en attente et où des perdants gardent leur dignité comme cet homme dont parle l’artiste et qu’on retrouve dans ses huiles :
« Une grappe d'échos / Au fond des poches / Pour les jours où il est trop seul / Seul
Assis au seuil de tout son être / L'infime battant la dune immense / Ses doigts caressent / Du bout des sables / La trace intime / De l'absolu ».
Il attendait sans doute que Galy lui propose sa résurrection. Et plus particulièrement quand ses couleurs ne retiennent plus leurs grappes et grésillent dans la brume d’une Venise quasi imaginaire où en bonne fée l’artiste procure le plaisir de songes agréables.   Les ombres ont chaviré. Surgit un agencement de miracle dans l’éclat de l’éphémère. Le monde est réincarné de façon qu’on puisse le voir et l’aimer, en discerner l’essence et la fragilité.

Les  tableaux disent – même lorsque leur étendue « scénique » se réduit - le spacieux et fluide. Ils sont soufflés d’une mouvance contagieuse là où  tous les détails comptent et réclament une attention. Les présences – même les plus lourdes d’apparence - créent une énergie légère, aérienne. Il n’est pas jusqu’à l’automne à se prendre dans ses filets  tandis que la Reine multiplie les audaces et les clartés pour renforcer ses pouvoirs. Souvent dans ses toiles où les personnages - chacun dans leur côté – errent,  la solitude bat de l’aube aux lambeaux du crépuscule. Sans la moindre ostentation superfétatoire Galy raconte bien des histoires. Et pas seulement aux enfants sages. Elle reste la sirène qui se coule dans le courant d’une non réalité moins irréelle toutefois qu’on pourrait le penser. Un peu de lumière coule, s’évapore. Parfois des couleurs brillent. On les écoute et on les regarde changer de place, changer le monde. Elles restent  aux lisières. Demeure leur silence qui grouille. Quant aux voix d’enfants c’est comme si l’espace les mangeait. On les entend : trop loin pour les comprendre, trop près pour les oublier. Au soir la nuit les éteint. On n’en sait plus rien.

Au matin  un homme trop gros ou une femme trop frêle sont en équilibre dans l’espace, en équilibre sur leur vie. Sur l’eau de la lagune ils marchent, dans les vagues du désert ils nagent. Comme eux, de toile en toile, d’une technique à l’autre l’artiste se retrouve en cavale dans des talus et des chemins de traverse de la création sinueuse, digressive. C'est du hasard manœuvré, de la cuisine trois étoiles fabriquées à partir de télescopages.  L'idée reste de "pirater" toute rhétorique. Pour Galy il n’existe pas de choses auxquelles on ne touche pas, pas de technique intouchable – ses photographies et sa poésie le prouvent. Ce sont des digressions picturales. Preuve que l’artiste refuse avec humour toute cristallisation des procédés de style. Ses cavales ne « parlent » pas que de cavales. Elles montrent en profondeur. Chaque  toile continue à travailler contre la précédente même si elles sont toutes armées de la même langue.  Galy donne en résumé l'exemple parfait d'une création en marche donc vivante. S’y murmurent plastiquement bien des secrets, s’y dévêt l’indicible. Par effet d’aube émane l’étrange délice  d’une - écrit l’artiste - « liaison ultramarine  l’étrange délice de n'être su qu'à l'intérieur ».

Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférences en communication à l'Université de Savoie, il est critique d'art contemporain et a publié une vingtaine de livres dont Samuel Beckett ou la création absolue (Minard) et Cyclope (Editions de l'Atlantique).